Au cours d'une navigation sur le lac Ladoga, tandis que nous allions de l'île de Konévetz à celle de Valaam, nous dûmes, pour les besoins du steamer, relâcher dans le port de Koréla. Plusieurs des nôtres descendirent à terre, curieux de visiter cette dernière localité, où les transporta un vigoureux attelage de petits chevaux finnois. Ensuite, le capitaine se disposa à rembarquer, et nous levâmes l'ancre.
Comme il était naturel après une excursion à Koréla, la conversation roula sur cette pauvre petite ville qui, en dépit de sa respectable antiquité, est bien la plus maussade qu'on puisse imaginer. Tout le monde à bord était de cet avis, et un des passagers émit à ce propos une observation dénotant un esprit enclin à la généralisation philosophique et à la plaisanterie politique : il ne pouvait comprendre, disait-il, pourquoi le gouvernement expédie à grands frais, dans des lieux plus ou moins éloignés, les gens dont la présence à Pétersbourg offre des inconvénients, alors qu'il existe à proximité de la capitale, sur les bords du lac Ladoga, un endroit comme Koréla qui, avec l'apathie de sa population et la morne tristesse de la nature environnante, réunit toutes les conditions voulues pour mater le libéralisme le plus récalcitrant.